La queue d’un dinosaure de 99 millions d’années retrouvée dans de l’ambre

Echantillon d'ambre L'échantillon d'ambre contenant la queue à plumes du dinosaure présente également une fourmi venue tout droit du Crétacé[R.C. MCKELLAR, ROYAL SASKATCHEWAN MUSEUM]

Une équipe de paléontologues a découvert en Birmanie un échantillon d’ambre contenant la queue recouverte de plumes d’un animal ayant foulé la surface de la Terre il y a quatre-vingt-dix-neuf millions d’années. Une découverte importante pour la recherche scientifique, qui permettra d’en apprendre plus sur les dinosaures du Crétacé.

Pour le moment, l’espèce précise n’a pas été déterminée clairement. En se basant sur la structure du bout de queue, les chercheurs ont pu conclure qu’il avait jadis appartenu à un jeune Coelurosauria (grec pour «lézard à queue creuse»), faisant partie de la famille des thérapodes. Une identification encore assez vague, dans la mesure où cette famille regroupe des plus grands dinosaures carnassiers jusqu’aux oiseaux modernes.

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Des plumes, mais un dinosaure incapable de voler

Notre spécimen serait toutefois plus un dinosaure qu’un oiseau. Les scientifiques sont en mesure de l’affirmer grâce à l’étude du plumage, encore en bon état, retrouvé dans le fossile. Si des plumes de cette époque sont déjà passées par l’étude de la science, c’est la première fois qu’on peut en observer conservées à même la queue. «Nous sommes bien en présence d’un dinosaure et non d’un oiseau préhistorique», affirme Ryan McKellar, paléontologue au Musée royal de Saskatchewan (Canada).

D’ailleurs, notre jeune Coelurosauria «aurait sûrement été incapable de voler» si sa queue était entièrement recouverte de plumes. Son plumage aurait pu n’être qu’ornemental (cela peut s’avérer être un atout majeur pour séduire chez les dinosaures), ou servir un rôle de régulation de la température corporelle de la bête.

L’ambre au service de la science

Surnommé «Eva» en hommage Eva Koppelhus, paléobotaniste et femme du co-auteur de l'étude Philip Currie, l’échantillon d’ambre arrive tout droit du nord de la Birmanie. Il a été extrait d’une mine de la Hukawng Valley, dans la région du Kachin. Ici, l’ambre joue un grand rôle dans la confection de bijoux, de sculptures et d’ornements, mais il a une particularité: c’est l’un des plus riches au monde au niveau du panel de variétés d’êtres vivants du Crétacée qu’il peut contenir. Aussi, après avoir été taillé en ovale, «Eva» a été mis en vente au marché d’ambre de Myitkyina, capitale du Kachin. C’est là que le paléontologue de l’Université des géosciences de Chine (Pékin) Lida Xing l’a achetée, avec plusieurs autres.

Au total, plus d’une douzaine de ces échantillons contiennent des inclusions (matériau emprisonné dans un minéral). Deux, dévoilés cet été, présentaient d’ailleurs des ailes d’oiseaux préhistoriques. Les modifications artistiques subies par la pierre avant qu’elle ne soit vendue à Lida Xing ont permis de mettre en évidence la présence de fer, provenant du sang qui coula un jour dans les tissus du dinosaure. Une aubaine pour les chercheurs, qui pourraient en tirer d’autres informations (notamment sur la pigmentation).

Bientôt des dinosaures complets ?

L’ambre, sécrétée par des conifères, sert régulièrement la recherche scientifique. Ainsi, en 2006, les entomologistes G.O.Poinar et B.N.Danforth ont pu conforter l’hypothèse d’une séparation entre les abeilles et les guêpes au moment de l’apparition des plantes à fleur, grâce à un fossile d’abeille conservé dans une ambre du crétacé. Quelques années plus tôt, Eric Geirnaert publiait des photographies de traces de sang de vertébré coincé depuis des millions d’années dans un morceau d’ambre. De quoi transformer les fantasmes de Jurassic Park en réalité, puisque c’est à partir d’ADN piégé dans un morceau d’ambre que des chercheurs parviennent à cloner des dinosaures dans cette fiction.

L’ambre birmane pourrait avoir encore beaucoup de secrets à révéler. Si c’est aujourd’hui l’armée pour l’indépendance kachin qui contrôle la Hukawng Valley, les règles d’exploitation et d’accès scientifiques aux mines d’ambres pourraient changer avec la fin du conflit qui sévit au Myanmar depuis plusieurs décennies. Lida Xing en est persuadée. De quoi permettre de nouvelles découvertes ? «Peut-être qu’un jour, on trouvera un dinosaure complet», s’avance le paléontologue chinois. 

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