Schulz va défier Merkel pour la chancellerie

Avec 20% d'intention de vote, le SPD accuse à l'heure actuelle 15 points de retard par rapport au parti conservateur de la chancelière, la CDU. [THIERRY CHARLIER / AFP]

L'ex-président du Parlement européen Martin Schulz s'est lancé mardi au nom des sociaux-démocrates dans la course à la chancellerie allemande pour tenter de détrôner Angela Merkel.

La candidature de Martin Schulz, qui a fait jusqu'ici toute sa carrière politique à Bruxelles, a été avancée par le SPD après le retrait surprise de celui qui faisait figure de favori pour la campagne électorale : Sigmar Gabriel. L'actuel président du mouvement a finalement jeté l'éponge en raison de son impopularité et de l'érosion continue des sociaux-démocrates dans les intentions de vote des élections législatives du 24 septembre.

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Avec 20% d'intention de vote, le SPD accuse à l'heure actuelle 15 points de retard par rapport au parti conservateur de la chancelière, la CDU. Les sociaux-démocrates se voient même talonner par le parti anti-immigration Alternative pour l'Allemagne (AfD), attirant jusqu'à 15% des votants.

Martin Schulz, qui jusqu'au début de cette année et pendant 5 ans fut à la tête du Parlement européen «est un meilleur candidat et a de meilleures chances» de remporter le scrutin, à l'issue duquel le chancelier ou la chancelière doit être désigné par les députés allemands, a souligné Sigmar Gabriel à Berlin. Le nom de Martin Schulz a été choisi «de manière unanime» par les responsables du parti, a-t-il dit. Il doit encore être entériné dimanche par son comité directeur.

Gabriel chef de la diplomatie

Sigmar Gabriel, qui détient actuellement le portefeuille de l'Economie dans le gouvernement de coalition d'Angela Merkel, pourra se consoler en reprenant en février, au moins jusqu'aux élections, le portefeuille des Affaires étrangères, qu'un autre social-démocrate, Frank-Walter Steinmeier, doit laisser vacant pour devenir président, un poste surtout honorifique.

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Il a remercié le SPD «pour avoir décidé que je devrais succéder à Frank-Walter Steinmeier», la conduite de la diplomatie allemande revenant à ce parti dans les accords de la coalition. Martin Schulz a quant à lui dit «accepter avec énormément d'honneur» et de «fierté» la proposition.

Il doit aussi remplacer en mars Sigmar Gabriel comme président du parti. Après une présidence du Parlement européen remarquée, Martin Schulz jouit d'après les derniers sondages d'une popularité personnelle en Allemagne voisine de celle d'Angela Merkel et en tout cas nettement plus élevée que celle de Sigmar Gabriel.

Plus compliqué pour Merkel

Outre une forte popularité, Martin Schulz bénéfice d'un autre atout pour la campagne : ne faisant pas partie de l'actuel gouvernement, il n'est pas lié à un devoir de solidarité. Il aura du coup les coudées plus franches que Sigmar Gabriel pour critiquer Angela Merkel, relèvent les médias allemands.

Le patron de la CSU bavaroise Horst Seehofer, parti allié d'Angela Merkel, a d'ailleurs reconnu qu'avec Martin Schulz «les choses ne sont pas devenues plus simples» pour la droite. Car dans le même temps, Angela Merkel, même si elle reste favorite au vu des enquêtes d'opinion, n'est plus soutenue inconditionnellement par son camp.

La CSU est en conflit ouvert avec elle sur les questions d'immigration, après la décision de la Chancelière d'ouvrir les portes du pays aux réfugiés, dont près d'un million sont arrivés en 2015 et encore près de 300.000 en 2016. L'aile droite de la CDU reproche aussi à Angela Merkel d'avoir trop «recentré» le parti.

Ce positionnement a contribué à affaiblir le SPD à gauche, en attirant une partie de son électorat, mais il profite dans le même temps à l'AfD, qui séduit une partie des électeurs conservateurs. Cette dernière a immédiatement engagé la bataille mardi en qualifiant Martin Schulz de symbole «de la bureaucratie européenne».

Pour le quotidien conservateur FAZ, le choix de Martin Schulz par le SPD n'est pas forcément le meilleur pour faire face à la droite nationaliste et eurosceptique allemande. «Personne d'autre que lui n'incarne davantage "Bruxelles" et "l'Establishment"», dit le journal, en parlant de «pain bénit» pour l'AfD.

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