Le revirement de Hollande sur la TVA

François Hollande, le 5 novembre 2012 à Ventiane [Bertrand Langlois / AFP] François Hollande, le 5 novembre 2012 à Ventiane [Bertrand Langlois / AFP]

Naguère pourfendeur de la TVA de Nicolas Sarkozy, l'exécutif, six mois jour pour jour après l'élection de François Hollande, a opéré mardi un revirement spectaculaire, en décidant de recourir à cet impôt.

"C'est une avancée majeure parce que jusqu'à présent la gauche considérait que la TVA était un impôt injuste frappant les ménages les moins fortunés", observe l'économiste Elie Cohen.

Sans y voir une volte-face comparable au tournant de la rigueur amorcé par François Mitterrand et Jacques Delors en 1983, Elie Cohen, soutien de François Hollande pendant sa campagne présidentielle, parle d'un "changement de cap".

"Le pouvoir socialiste reconnaît désormais comme légitimes la réduction des dépenses de l'Etat et la hausse d'un impôt payé par tous les Français", souligne-t-il.

Jean-Marc Ayrault l'a annoncé mardi, au lendemain de la remise du rapport de Louis Gallois sur la compétitivité : pour concourir à l'allègement du coût du travail, deux taux de TVA seront relevés à compter de 2014, le taux normal de 19,6% à 20%, et le taux intermédiaire de 7% à 10%.

Le taux réduit, à 5,5% sur les produits de première nécessité (produits alimentaires de base, l'énergie ou les cantines scolaires), sera en revanche abaissé à 5%. Il s'agit, a fait valoir le gouvernement, de ménager les plus modestes pour lesquels ces postes représentent une part essentielle des dépenses.

 

Les mots durs de Hollande pendant la campagne

Au cours de sa campagne présidentielle, François Hollande n'avait pourtant pas eu de mots assez durs pour dénoncer la "TVA sociale" de Nicolas Sarkozy qui entendait relever de 1,6 point le taux normal. Il ironisait sur une "TVA dite sociale" qu'il jugeait "injuste, inefficace et même inconséquente sur le plan du soutien de l'activité économique".

Sitôt élue, la nouvelle majorité s'était empressée de l'abroger, avant même son entrée en vigueur prévue en octobre. Et le 14 juillet, François Hollande excluait encore de "recourir à la TVA" pour redresser les finances publiques.

Du pain béni pour l'ex-Premier ministre François Fillon qui n'a pas manqué d'ironiser mardi sur "ce qui ressemble terriblement à un virage, à un renoncement". Président de l'Union des démocrates et indépendants (UDI), Jean-Louis Borloo a évoqué "un virage à reculons, pas très assumé".

A l'Assemblée, lors des questions au gouvernement, l'UMP Franck Riester a sorti l'artillerie lourde. "Six mois après l'élection de François Hollande, (c'est) une nouvelle promesse de campagne que vous piétinez", a-t-il lancé à l'adresse de M. Ayrault, enchaînant: cet "énième reniement (...) illustre une nouvelle fois que François Hollande a été élu sur une imposture, sans aucun projet, et n'a cessé de mentir aux Français".

 

La réplique de Matignon

Réplique de Matignon: les mesures annoncées n'ont "rien à voir avec la TVA sociale décidée dans la précipitation à la fin du dernier quinquennat", Nicolas Sarkozy "avait prévu une hausse du taux maximum, nous, on baisse le taux réduit". Tout est dans "la manière" de "manier la TVA", a-t-on ajouté.

Pour Elie Cohen toutefois, la baisse du taux réduit de la TVA à 5% est l'arbre qui cache la forêt. "Elle représente très peu, de l'ordre de quelques centaines de millions d'euros, alors que les hausses totaliseront plus de 6 milliards", observe-t-il.

Outre ce changement de pied sur la TVA et la reconnaissance de la nécessité de réduire les dépenses publiques, l'exécutif a reconnu clairement pour la première fois que le coût du travail était un problème auquel il fallait s'attaquer.

Vendredi, le sénateur André Vallini, proche de François Hollande, avait jugé "stupide de dire que le coût du travail n'(était) pas un problème".

Depuis le Laos lundi, François Hollande avait promis des "décisions fortes". Il aura l'occasion de les défendre et de les assumer la semaine prochaine lors de sa première grande conférence de presse semestrielle.

"Ce qu'on fait au début détermine la fin" d'un quinquennat, a-t-il observé ces derniers jours devant des journalistes.

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