La semaine de Philippe Labro : Les reines de la terre, le prince des mers

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Entre le formidable exploit de Gabart (voile) et celui des Bleues (handball), on a assisté à la poursuite de l’excellence et à son aboutissement.[AFP]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

Du dimanche 17 au vendredi 22 décembre

Il y a comme une sorte d’euphorie qui flotte dans l’air français. Attention ! Que l’on ne se méprenne pas : il faut toujours tenir compte, lorsque l’on parle de l’état d’un pays, des sans-logis, des chômeurs, des sans-papiers, des couches les plus défavorisées, toute une France qui ne peut partager cet «air du temps» que suggère l’actualité en cette fin d’année. Je n’oublie rien. Les récits de ces Français portant secours aux migrants qui tentent de franchir le col de l’Echelle ou celui de Montgenèvre, dans la neige et le froid, sont un avertissement solennel : la détresse humaine est à nos portes. Nous n’avons pas le droit d’être candides.

Cependant, ces derniers jours, certains ont pu ressentir une fierté, venue, le plus souvent, de résultats sportifs. Entre le formidable exploit de Gabart (voile) et celui des Bleues (handball), on a assisté à la poursuite de l’excellence et à son aboutissement. Il y a d’énormes différences : les 42 jours, 16 heures et 40 minutes du record du tour du monde à la voile en solitaire de François Gabart sont le résultat d’un seul homme.

Le jeune skipper (il n’a que 34 ans) n’a pu compter que sur lui-même : volonté, sang-froid, discipline, résistance, savoir-faire. Tout cela ne fait pas de Gabart un homme parfait, mais il symbolise un certain type de Français, qui est allé chercher son modèle en une légende qui s’appelait Eric Tabarly. De l’autre côté, à Hambourg, lorsque les handballeuses tricolores détrônent les Norvégiennes, elles parachèvent l’apex de l’esprit d’équipe.

Avec ce 23-21, les Bleues démontrent ce que, avant elles, les Experts masculins avaient imposé : rien ne se fait sans les autres. Il fallait voir ces sauts, ces courses, ces allers-retours, ces tirs, cette harmonie entre les joueuses, cette fluidité qui caractérise les équi­pes soudées, il fallait lire, sur ces visages, la détermination, la rage, la concentration, la maîtrise du geste et du territoire, pour se dire qu’il existe une culture de la gagne qui ne s’arrête pas forcément au handball.

Car, enfin, que se passe-t-il donc dans cet Hexagone qui, sur la carte du globe, n’est pas plus grand que quel­ques timbres-poste, pour que, dans de multiples disciplines, on retrouve des Français aux premières places ? Voici une année qui a vu, en judo, Teddy Riner conserver son titre de champion du monde pour la dixième fois consécutive, une année où la France a reconquis la Coupe Davis en tennis, une année où les footballeurs se sont qualifiés pour la Coupe du monde sans avoir à passer par les barrages… D’où vient cette force, ce talent ? Les spécialistes font une réponse unanime : – Ça commence par des exemples, proposés aux enfants, aux écoliers, puis aux lycéens, grâce aux médias et à quelques figures légendaires. Ça passe ensuite par des fédérations bien organisées, des centres de formation, des licences qui se multiplient, les initiatives des familles («mon enfant doit faire du sport »), la qualité des entraîneurs.

Euphorie en sport signifie-t-il euphorie en tout ? Non, bien entendu, mais il semble qu’en matière économique, politique, la nouvelle génération au pouvoir éprouve ce même besoin de résultats et de victoires, et que son nouveau président de la République fait tout pour imprimer cette notion à une opinion publique qui lui accorde sa chance. On aura beau critiquer, fabriquer des polémiques, souvent inutiles, et remplir le Web de toutes sortes d’anathèmes, les Français ont décidé, jusqu’ici, de lui faire confiance. L’imprévisible peut surgir à tout instant.

Sans doute Macron le sait-il mieux que personne. «Events, dear boy, events» («les événements, mon garçon, les événements»), disait Harold Macmillan à un journaliste qui lui demandait ce qu’il craignait le plus. Je vous souhaite un joyeux Noël et un bon nouvel an.

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