La semaine de Philippe Labro : les cancres de la planète, le maître du monde

Des visiteurs observent une sphère exposée au pavillon de l'Inde le 8 novembre 2017, lors de la Conférence COP23 des Nations Unies sur les changements climatiques à Bonn, en Allemagne.[PIERRE VERDY / AFP]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

MARDI 14 NOVEMBRE

Alerte, alarme, attention, danger ! Quand 15 000 scientifiques du monde entier (184 pays sont représentés) publient un message précis, bien écrit, où chaque mot et chaque formule sont pesés, pour dire qu’il sera «bientôt trop tard» pour sauver la planète, on ne peut que s’arrêter, ne fût-ce qu’un instant, dans le déroulé de nos habitudes. Chacun peut et doit se poser au moins trois ou quatre questions :

1- Est-ce que j’en fais assez, dans ma vie quotidienne, pour contribuer au combat contre cette menace ? Dans ma consommation, dans l’utilisation des accessoires de la modernité ?

2- Est-ce que, au niveau des chefs d’Etat, il y a un semblant d’unanimité ? Est-ce que, malgré les bonnes paroles, les bonnes résolutions de la COP21, hier, et de la COP23, demain, nous allons, ou pas, assister à une véritable entente, de véritables et concrètes décisions ? Est-ce que la terrible et malheureuse attitude de Trump qui, au nom des Etats-Unis, refuse d’admettre la vérité du réchauffement climatique, n’a pas, en partie, saboté, freiné, perverti toute intention ?

3- Est-ce que cet appel lancé par 15 000 scientifiques connaîtra une suite ? Les médias et l’opinion publique peuvent-ils influencer ce que l’on appelle, à tort, selon moi, «la communauté internationale» ? Quand on lit que la Chine a augmenté son usage du charbon (+ 3 %), du pétrole (+ 5 %) et du gaz naturel (+ 12 %), doit-on désespérer ?

4-  Qui pense à nos enfants, et, plus encore, à nos petits-enfants ? La formule «bientôt trop tard» aura-t-elle réveillé les consciences ?

MERCREDI 15 NOVEMBRE

Teddy Riner est un pur champion. Un exemple de discipline, de rigueur, d’orgueil aussi. Il me semble que le 10e titre de champion du monde du judoka français n’a pas été assez célébré, comme si c’était normal, banal, attendu. Au lendemain de cette victoire, certaines pages sportives consacraient autant de place à la défaite du XV de France face aux All Blacks, et quelques autres aux résultats de football. Comme si l’exploit de Riner relevait de la routine. Or, Riner appartient à cette catégorie peu encombrée de sportifs qui ont dépassé les limites de l’attendu. Je pense, forcément, à Federer, qui (je croise les doigts) est en passe de remporter un nouveau Masters à Londres. Quand on regarde jouer cet homme, on éprouve un plaisir intense à observer le jugement, la précision, le sang-froid, l’endurance, le geste approprié à l’instant T. Les déclarations de Federer rejoignent celles de Riner :

– J’ai beaucoup travaillé.

Cocteau avait écrit :

– Le génie, c’est 2 % de génie, et 98 % de travail.

JEUDI 16 NOVEMBRE

Roger Grenier a disparu, à 98 ans. Ce nom ne dit sans doute pas grand-chose à la majorité de celles et ceux qui lisent ma chronique. Mais je tiens, ici, à rendre hommage à cet écrivain, merveilleux connaisseur de Tchekhov, Fitzgerald, et tant d’autres, auteur de nouvelles aussi brillantes et ciselées que celles des Américains qu’il connaissait par cœur et, surtout, aussi, «éditeur» de grand talent. «Editer» un manuscrit signifie tenter de l’améliorer avec l’auteur, apporter un regard professionnel et rigoureux à son écriture. Chez Gallimard, Roger, ancien résistant, venu du journalisme auprès d’Albert Camus, était, pour le romancier inquiet, un recours, une aide. Je le revois, crayon en main, ayant noté, page par page, toutes les imprécisions, erreurs, répétitions, de mes modestes manuscrits. Grenier, légende du monde du livre, inconnu du grand public, parlait avec douceur et tolérance. Il m’accueillait avec un sourire :

– Alors, tu as travaillé ?

Le travail, là, encore. Comme Riner ou Federer. Le travail ! 

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