Elu et médecin humanitaire, il rend sa légion d'honneur pour dénoncer la politique migratoire de la France

Une circulaire, dans le cadre du projet de loi sur l'immigration et l'asile, prévoit notamment le recensement des migrants dans les centres d'hébergement d'urgence.[JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP]

Médecin humanitaire, élu au conseil municipal de Metz (Moselle) et soutien d'Emmanuel Macron à la présidentielle, Raphaël Pitti a annoncé vendredi avoir renoncé au titre d'officier de la Légion d'honneur décerné en juillet pour protester contre le désengagement de l'Etat vis-à-vis des demandeurs d'asile.

Une décision que le médecin urgentiste a expliqué dans les colonnes de Libération, vendredi 21 décembre, sous la forme d'une lettre, «Pour un bon Noël, monsieur le Président». Un texte adressé et envoyé au président de la République, Emmanuel Macron. D'ailleurs, Raphaël Pitti sera reçu par deux conseillers du président, le 3 janvier prochain.

«Depuis longtemps, l'Etat est défaillant» 

«Depuis longtemps, l'Etat est défaillant» dans la prise en charge des demandeurs d'asile et de «la coercition envers les migrants» s'est accentuée, a-t-il constaté. «Il n'y a pas de volonté (politique), les personnes (demandant l'asile) ne sont pas les bienvenues», a-t-il déploré.  

Ce spécialiste de la médecine de guerre, ayant notamment officié en Syrie, avait été promu à Légion d'honneur le 14 juillet dernier pour la première promotion du quinquennat d'Emmanuel Macron, à qui il avait apporté son soutien dès septembre 2016. Le président de la République «avait un discours très humaniste, tout ça allait dans le bon sens et voilà que tout a changé mi-décembre», a regretté Raphaël Pitti.

Emmanuel Macron «avait un discours très humaniste, tout ça allait dans le bon sens, et voilà que tout a changé mi-décembre», déplore le médecin urgentiste. «Je mesure la complexité de définir une politique migratoire claire et digne ainsi que les difficultés réelles de l'accueil. Je me suis fait pressant auprès de vos conseillers avant et après votre élection, pour que celle-ci soit prise en compte au plus vite. Toutefois , huit mois après, la réponse de l'Etat n'est pas à la hauteur des enjeux. 60.000 migrants ont été accueillis en 2016 dans des conditions indignes de notre République. Les capacités des centres d'hébergement sont dans bien des cas dépassées (centre de la Porte de la Chapelle, jungle de Calais, Bilda à Metz)».

Une circulaire, dans le cadre du projet de loi sur l'immigration et l'asile, prévoit notamment le recensement des migrants dans les centres d'hébergement d'urgence. «D'entendre le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, dire qu'un Erythréen ou un Syrien peut demander l'asile, mais pas un Sénégalais... ce n'est pas à lui de décider qui a le droit de demander l'asile», s'insurge l'humanitaire et regrette que «le gouvernement ne (prenne) pas la mesure de la politique migratoire» et prône l'organisation «d'assises nationales de l'émigration et de l'intégration». «Le mouvement migratoire s'est amorcé et va s'amplifier, il faut en faire une cause nationale», espère-t-il.

Ainsi, « pour continuer, monsieur le président de la République, je ne peux accepter cette promotion et je vous la restitue pour conserver ma liberté de vous accompagner de mes critiques et de mes propositions dans un combat au service de notre prochain», écrit-il en conclusion de sa lettre.

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