La semaine de Philippe Labro : un père de la country, la contrée d’un enfant

Petit événement pour ceux qui l’aiment, Kristofferson va se produire, ce dimanche, à La Cigale, à Paris, à partir de 19h. [RICK DIAMOND / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

MERCREDI 21 JUIN

C’est le jour de la Fête de la musique. Comme les deux feuilletons qui captivent et capturent l’opinion et les médias – Villemin et Modem – vont continuer de se dérouler, je préfère m’arrêter un instant à la musique et parler de Kris Kristofferson. Petit événement pour ceux qui l’aiment, Kristofferson va se produire, ce dimanche, à La Cigale, à Paris, à partir de 19h. Si vous ne le connaissez pas, laissez-moi vous décrire ce géant américain de 80 ans au visage buriné de vieux cow-boy, ce séducteur aux yeux tendres, ce personnage aux mille et une facettes – acteur, chanteur, auteur, compositeur de chansons country. Cette musique traverse tout le pays américain ; elle s’entend dans le Tennessee et l’Oklahoma, dans les plaines immenses de l’Ouest, sur les routes infiniment longues, empruntées par les interminables «trucks», au volant desquels il y a des hommes qui adorent l’écouter – c’est celle de Johnny Cash, Willie Nelson, légendaires chanteurs du genre, mélange de guitare et de banjo, de batterie et de trombone, de piano «ragtime» et de violons d’autrefois. La country, c’est l’Amérique profonde, qui raconte des histoires d’amours contrariées, de séjours dans les prisons, d’alcool et de solitude, de bonheurs provisoires. C’est populaire, basique, rythmé façon rock ou bien plus lent, mais toujours cadré par le soutien d’une guitare qui vous entraîne. Ici, en France, il existe un vrai fonds de fans, qui écoutent religieusement Georges Lang sur RTL, le vendredi dans la nuit. Kristofferson est un des piliers de cette musique. Il a eu une carrière de star de cinéma (soixante-dix films) ; c’est lui «Billy the Kid» dans le film de Peckinpah (musique originale de Bob Dylan). Le seul conseil que lui donna un de ses amis comédien, Anthony Zerbe, lors­que Kris s’embarqua dans le cinéma : 

– Amuse-toi ! Et ignore la caméra.

Il a écrit une chanson reprise par les plus grands : de Johnny Cash à Janis Joplin, plus de 450 interprétations différentes, dont celle de Johnny Hallyday en France : Me and Bobby McGee. Un texte superbe, une mélodie lancinante, au point que le talentueux écrivain et journaliste Laurent Chalumeau lui consacra un livre entier.

Kristofferson est titulaire de diplômes universitaires, a bénéficié d’une bourse d’études Rhodes pour étudier la littérature à Oxford, et a été capitaine dans l’armée, à la tête d’un bataillon d’hélicoptères. Avec un tel CV, il aurait aisément pu faire de la politique au plus haut niveau, mais il dit :

– Rien ne se compare à une chanson. Elle vit dans votre tête et votre cœur et ne vous quitte pas. Ça vient aussi naturellement que l’apparition d’un oiseau.

JEUDI 22 JUIN

Court séjour, lundi dernier, à Montauban, ma ville natale, pour une conférence et une séance de signatures. Les livres continuent d’occuper une place prépondérante dans la vie des Français. La réunion s’est déroulée dans les locaux de l’Ancien Collège, bel édifice de briques rouges, comme la plupart des bâtiments historiques de cette ville si attachante, où j’ai retrouvé les sensations de mon enfance. Un inconnu m’a offert un cahier d’écolier qu’avait conservé sa grand-mère, mon institutrice, en classe de 10e. Une dame m’a dit : «Je me souviens de votre mère, en robe bleue, sur son vélo, descendant la côte. Elle était lumineuse.» Le passé vous revient au visage avec une force inouïe, comme s’il suffisait de traverser le Pont Vieux, au-dessus du Tarn, pour reconnaître, sans nostalgie, mais avec tendresse, tout ce qui vous a construit, cette phase décisive de la vie quand le parchemin intime est encore vierge.

Vous aimerez aussi

Ailleurs sur le web

Derniers articles